• Écobilan d’une lampe économique

    Écologie

    Écobilan  d’une lampe économique

    La fabrication d’une lampe économique nécessite une fraction seulement de l’énergie dont elle a besoin pour fonctionner. Certes, sa fabrication nécessite environ 5 fois plus d’énergie que celle d’une ampoule à incandescence normale, mais une bonne lampe économique (Topten) a une durée de vie 6 à 15 fois plus longue.

    Les lampes économiques contiennent des substances toxiques; elles doivent donc être traitées comme des déchets spéciaux (voir ci-dessous). La nouvelle directive RoHS vise à réguler et réduire cette quantité de substances dangereuses (voir ci-dessous). Si l’on compare l’économie d’émissions de CO2 obtenue aux déchets produits, le bilan est clairement positif dans le cas de la lampe économique; c’est-à-dire que la pollution par les déchets spéciaux est nettement inférieure à la pollution par le CO2 des ampoules à incandescence comparables.

     

    Elimination

    Les lampes économiques usagées sont des déchets spéciaux. Depuis le 1er août 2005, tous les points de vente sont tenus de reprendre gratuitement les lampes économiques usagées. Une taxe anticipée de recyclage (TAR) est prélevée sur la vente des produits neufs afin de financer le recyclage. Ainsi, toutes les lampes économiques usagées peuvent et doivent être éliminées uniquement par le biais des points de vente.
    La reprise obligatoire concerne en particulier les lampes à faible consommation d’énergie et les tubes fluorescents (les tubes dits «au néon»), mais aussi les lampes spéciales telles que les lampes à vapeur de mercure, les diodes électroluminescentes et les tubes de solarium. La reprise et le recyclage ne sont pas obligatoires pour les ampoules à incandescence normales et les ampoules halogènes. Ces dernières peuvent être éliminées, comme d’habitude, par l’intermédiaire des déchets ménagers.

     

    Directive relative à la limitation de l'utilisation de certaines substances dangereuses

    D’après la Directive de l’Union européenne 2002/95/CE (RoHS, Restriction of the Use of Certain Hazardous Substances), il est interdit depuis le 1er juillet 2006, sauf exception, de mettre en circulation dans les États membres de l’Union européenne de nouveaux appareils électriques et électroniques (y compris les lampes économiques) si ces derniers contiennent des substances de la directive RoHS dans des taux supérieurs à limite autorisée. La Suisse a repris cette directive dans son Ordonnance sur la réduction des risques liés à l’utilisation de substances, de préparations et d’objets particulièrement dangereux (Ordonnance sur la réduction des risques liés aux produits chimiques, ORRChim) du 18 mai 2005 (RS 814.81). Ainsi, il n’est plus permis, depuis le 1er juillet 2006 également, de mettre en circulation en Suisse des appareils et des lampes ne répondant pas aux exigences de l’UE.

     

    • Cd cadmium <= 100 ppm
    • Hg mercure <= 1000 ppm (exception: tubes fluorescents)
    • CrVI chrome hexavalent <= 1000 ppm
    • PBB polybromobiphényles <= 1000 ppm
    • PBDE polybromodiphényléther <= 1000 ppm
  • remplacer le charbon de bois

    Ca y est: le soleil est vraiment de retour, et vous serez nombreux (tout comme moi, d'ailleurs) à ressortir votre barbecue ce week-end.

    Le charbon de bois que vous utiliserez peut ne pas être de bonnes qualité, et représenter, lors de sa combustion, un réel danger pour vous.  Des substances nocives, résidus de vernis, colles ou peintures peuvent s'y trouver (en faibles quantités), et finir sur votre viande ou vos pommes de terre.

    Voici quelques idées de "carburants" pour barbecue qui peuvent très avantageusement (et en général,au même prix), remplacer le charbon de bois.

    • Les briquettes de coco: Charcoal_From_Teak_Woodc'est du charbon de bois, mais obtenu à partir de fibres de noix de coco. Le plus souvent, il est compacté en petites briquettes très régulières et très pratiques. Il n'est pas nocif et a l'immense avantage de s'allumer très facilement, de brûler très longtemps (idéal pour les grands barbecues qui se prolongent), et produisent très peu de cendres (que l'on peut sans risque épendre sur son jardin.   On le trouve à peu près partout, et bien qu'il coûte un peu plus cher à l'achat, il se révèle plus économique à l'usage que le charbon de bois même le moins cher, car on en utilise beaucoup moins.
    • Les raffles de maïs: rafflesC'est ce qui reste d'un épi de maïs une fois que l'on en a retiré les grains.  Le trognon, en quelque sorte. J'en ai trouvé l'année passée lors d'un voyage en Bretagne, mais je pense qu'on peut commencer à en trouver un peu partout.  Très écologique, car il utilise les "déchets" issus de la culture du maïs, qui sont simplement séchés (et non pas brûlés).  Economique, facile à l'emploi, il s'allume selon une méthode différente, mais très simple, et prend plus facilement que le charbon de bois.  Inconvénients: il produit beaucoup de fumée pendant les premières minutes, et je m'interroge sur l'impact des pesticides et engrais qui inévitablement se retrouvent à l'intérieur
    • Les pieds de vignes: buchettes_grandIci aussi, c'est très écolo, puisqu'il s'agit de déchets de l'industrie viticole.  On les trouve maintenant très facilement en Belgique (une chaîn de supermarchés et une chaîne de magasins de bricolage en proposent dans leur rayons).  Pas carbonisés non plus, c'est un produit très brut qui est proposé.  Il s'allume aussi facilement que le charbon de bois, coûte le même prix, et dégage une douce senteur pendant qu'il brûle.  Inconvénient: l faut laisser brûler le bois avant de pouvoir commencer la cuisson, ce qui allonge un peu le temps d'attente en début de barbecue... de quoi prendre un apéro de plus ;-)

    Voilà, trois idées de substituts au "bête" et potentiellement toxique charbon de bois.

    Notez que le barbecue électrique n'est ni des plus efficaces, ni des plus convivial à l'extérieur, et surtout, il consomme beaucoup d'énergie en vain.

    Il me reste juste encore à vous suggérer de ne jamais utiliser de produits allume-feu, sous quelque forme que ce soit: si votre carburant (pieds de vigne, raffles de maïs ou briquettes de coco) est bien sec, une feuille de papier journal, une allumette et une poignée de petites brindilles bien sèches ramassées dans votre jardin suffisent à tous les coups !

    Oubliez aussi le décapeur thermique ou le sèche-cheveux qui consomment beaucoup et sont innefficaces. Pour stimuler votre foyer, rien de tel qu'un grand carton d'environ 50cm sur 30cm, qui vous débitera un plus grand volume d'air, sans consommer d'électricité  Essayez: vous verrez !

    Enfin, pour votre sécurité, par temps sec, prévoyez toujours un seau d'eau, ou mieux, un tuyau d'arrosage branché à portée de main, au cas où des flammèches s'éparpilleraient de façon trop dangereuse.

    Bon appétit, et bon week-end sous le soleil !

  • La civilisation du vin est menacée

    Raoul Marc Jennar: «La civilisation du vin est menacée» PDF Print E-mail

    par Claude Demelenne   

    Tuesday, 10 April 2007

    Après les télécoms, l’énergie, le gaz, l’électricité, le réseau ferroviaire, la poste, la Commission européenne veut libéraliser… le vin. Dans l’intérêt des consommateurs ? Que nenni ! Le projet est tout sauf enivrant… la Commission veut déréguler le marché vinicole, au profit des multinationales des spiritueux. Doper les importations de vins extra-européens (Etats-Unis, Nouvelle-Zélande, Canada…). Ces vins ne sont pas soumis aux mêmes critères de qualité que les nôtres. L’ajout d’additifs est autorisé dans leur fabrication : arômes synthétiques, enzymes, cépages aromatiques  créés par modification génétique… Des pratiques que la Commission veut permettre en Europe également. De même que le mélange des vins européens avec des vins extérieurs. Dans un livre percutant (*), notre chroniqueur Raoul Marc Jennar, spécialiste de la mondialisation, explique les « menaces sur la civilisation du vin ». Sa conviction : si on laisse faire la Commission européenne, « au service des intérêts de l’agro-business », demain, le vin ne sera plus tout à fait du vin.

    Le titre de votre ouvrage peut surprendre : vous parlez de « civilisation du vin ». Le vin n’est pas une boisson comme une autre ?

    Le vin, ce n’est pas seulement un produit agricole. Ce n’est pas une boisson comme une autre. Il appartient à l’Histoire du bassin méditerranéen et de l’Europe en général. Aussi loin que l’on remonte, à l’époque des Assyriens, des Grecs, des Romains… on trouve des traces de la culture du vin. Le vin a toujours accompagné la vie des gens. Pas seulement dans la gastronomie, mais aussi dans la célébration de différents cultes religieux. Cela culmine chez les catholiques, où le vin est consacré comme « sainte espèce ».

    Il y a, écrivez-vous, « vin » et « vin ». Quelle est la spécificité des vins européens ?

    Le vin, en Europe, a fait l’objet d’un intense travail à travers les siècles. Depuis le début du 20ème siècle, surtout, les vignerons ont répondu à des exigences de qualité toujours plus grandes. La date-clé, c’est 1907 : les vignerons du Midi se révoltent contre les fraudeurs qui mélangeaient les vins. Après d’âpres luttes, ils obtiennent la définition du vin comme produit naturel, issu exclusivement de la fermentation du jus de raisin. C’est le début d’un processus qui aboutira, en 1936, à la création de l’Appellation d’origine contrôlée (AOC). Un vin qui bénéficie de la norme AOC répond à un cahier des charges très précis en ce qui concerne l’origine géographique, la qualité du breuvage, les règles de vinification…

    Un cahier des charges auquel ne sont pas soumis les vins extra-européens ?


    Ils n’y sont pas du tout soumis. La caractéristique dominante des vins provenant des pays dits du « nouveau monde » (ndlr : Etats-Unis, Canada, Nouvelle-Zélande, Australie, Argentine, Afrique du Sud, Chili, Mexique) est d’être soumis à très peu de règles. Que ce soit en matière de plantations de vignes, qui sont illimitées là-bas, alors qu’elles sont contingentées en Europe, ou en matière de pratiques œnologiques, qui sont très différentes. Dans ces pays, les vins sont élaborés avec peu de contraintes. Donc, il est permis d’ « arranger » le vin, de faire usage, par exemple, de produits de synthèse pour en réduire les coûts de production.

    On peut parler de concurrence déloyale ?

    Oui, dans la mesure où les viticulteurs européens font face à un véritable dumping, leurs concurrents ne devant pas obéir aux mêmes règles de vinification qu’eux. En l’absence de critères de vinification, ils peuvent utiliser des copeaux de chêne, des substances génétiquement modifiées, ajouter du sucre, de l’eau… On n’est plus du tout dans la transformation naturelle du raisin, mais dans la fabrication chimique d’un breuvage indifférencié qui ne répond plus à la conception traditionnelle européenne du vin. A la limite, il faudrait interdire la vente de tels vins sous l’appellation de vin.

    La Commission européenne part d’un constat : les vins européens s’exportent moins bien qu’avant. Des réformes sont donc nécessaires pour relancer les exportations. C’est contestable ?

    La Commission a raison de dire qu’il faut des réformes. Ne serait-ce que pour rencontrer un problème crucial, qu’elle n’aborde d’ailleurs pas du tout dans son projet : la baisse du revenu des viticulteurs, assez sensible ces dernières années. Quant à ce qu’elle met en évidence, la chute des exportations de 2000 à 2005, c’est davantage un phénomène conjoncturel – on observe une relance des exportations en 2006 – dont elle prend prétexte pour imposer sa volonté dérégulatrice et satisfaire les importateurs de vins des pays du nouveau monde.

    Quel est le projet de la Commission ?

    La commissaire européenne à l’Agriculture, la libérale danoise Mariann Fischer-Boel, propose 11 mesures, dont les principales sont la limitation de la production européenne, en arrachant 400.000 hectares de vignobles, l’alignement sur les pratiques œnologiques des pays extra-européens (ce qui signifie que l’ajout d’additifs serait permis), l’autorisation de mélanger vins européens et vins venus d’ailleurs, la modification de l’étiquetage (il serait trop compliqué, la Commission propose de le limiter à l’indication géographique, ce qui ferait disparaître la preuve de la qualité sur l’étiquetage) et, dans une pure logique libérale, la suppression des aides à la distillation, au stockage…

    N’est-il pas paradoxal de vouloir relancer les exportations en supprimant des vignobles ?

    De fait, il y a beaucoup de contradictions entre les intentions affichées par la Commission et ses propositions. Arracher massivement et mélanger les vins, cela aboutira au résultat inverse que celui recherché : l’Europe, actuellement exportatrice nette de vin, deviendra importatrice nette. Cette stratégie d’arrachage aveugle va détruire l’outil de travail. De nombreuses petites exploitations vont disparaître, l’exode rural va encore s’accentuer. L’invasion du « world wine » va s’accentuer : dans les pays du nouveau monde, la viticulture est totalement libéralisée : les droits de plantation des vignes sont illimités et on peut produire du vin sans avoir à respecter des critères de qualité.

    La Commission propose que l’Europe s’aligne sur les pratiques œnologiques en vigueur dans ces pays. Moins de règles contraignantes, cela va booster les ventes ?

    Cela va surtout complètement dénaturer les vins européens. Nos spécificités vont être gommées au nom de la liberté de vendre et d’acheter n’importe quoi, n’importe comment. En dérégulant, en abolissant les règles, on va mettre fin à la civilisation du vin. Nous nageons en pleine idéologie. Ce que propose la Commission, c’est un libre-échange sans limite, où on s’inquiète davantage de vendre que de préserver la qualité de ce qu’on vend.

    Simplifier l’étiquetage, comme le veut la Commission, cela ne faciliterait-t-il pas la vie du consommateur ?

    Au contraire, il serait perdant. La modification de l’étiquetage supprimerait des catégories qui garantissent la qualité, comme l’Appellation d’Origine contrôlée (AOC). L’indication géographique, à laquelle veut se limiter la Commission, ne fournit aucune indication quant à la qualité. Ce que propose la Commission, c’est consacrer la supprématie de la marque sur l’appellation. C’est en fait s’aligner sur le système américain de droit privé des marques – la marque constitue une propriété personnelle – et abandonner notre système d’enregistrement collectif des dénominations. On touche ici du doigt à l’inspiration idéologique de la Commission.

    Plus rien ne résiste à l’ouragan libéral ?

    C’est un véritable tsunami. Dès qu’elle veut libéraliser, la Commission prétend que c’est dans l’intérêt du consommateur. On a bien vu avec le gaz et l’électricité, que le prix ne baisse pas ! Mais peu importe, la Commission va toujours plus loin dans sa démarche dogmatique. Le marché du vin, en Europe, fait actuellement l’objet d’une réglementation appelée Organisation Commune du Marché du vin (OCM), adotée par le Conseil des Ministres en 1999. L’OCM entendait maintenir une réglementation spécifique de la viticulture européenne qui, en cela, résistait aux pressions libérales. C’est pour cela que la Commission veut enterrer l’OCM.

    A qui profitera le « crime » ?

    D’abord aux multinationales des spiritueux. En 1905, Jean Jaurès, inaugurant la première coopérative viticole dans l’Hérault, dénonçait les « hauts barons de l’alcool ». Un conflit existait déjà, à l’époque, entre les vignerons et les fabricants d’alcool qui, aujourd’hui, ont une taille internationale et pèsent de tout leur poids sur la Commission européenne. Les multinationales des alcools ont financé les récentes campagnes contre l’alcoolisme. Ce n’est pas par hasard que ces campagnes montraient un verre de vin, pas un verre de wisky, ou de cognac. Les fameuses « industries du vin » sont souvent des firmes européennes de spiritueux, notamment françaises et italiennes, qui ont investi massivement et acheté des vignes dans les pays du nouveau monde.

    C’est pour cette raison que la Commission veut favoriser les importations de ces vins « extérieurs » ?

    Oui, les grandes compagnies veulent vendre sans entrave en Europe les vins des domaines viticoles dont elles sont propriétaires dans ces pays très avantageux pour elles, car les salaires y sont souvent très bas et la protection sociale dérisoire. Outre ces compagnies, certains fonds de pension qui possèdent des vignobles en Europe ont aussi acheté des plantations dans des pays comme l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Mexique… et veulent vendre en Europe les vins qu’ils produisent là-bas. Ce sont eux qui veulent modifier l’obstacle que représentent pour eux la réglementation européenne existante. Ils ont créé un puissant group de pression, le World wine trade group (WWTG). Le projet de la Commission européenne va exactement dans le sens souhaité par le WWTG.

    Le lobbying des propriétaires des vignobles extra-européens a été efficace ?

    En vertu des traités européens, le devoir de la Commission est de veiller à l’intérêt général. Or, elle est l’instrument volontaire d’intérêts particuliers.

    Volontaire ??

    Oui, elle obéit aux injonctions des milieux d’affaires. Quand ce n’est pas elle qui les sollicite ! Dans la question du vin, c’est très clair : ceux que la Commission écoute, ce sont les propriétaires de certains grands crus qui sont en fait des fonds de pension américains et certains producteurs de spiritueux.

    L’enjeu, n’est-ce pas de nouvelles délocalisations ?

    On peut le dire. En achetant des vignobles hors d’Europe, certains financiers ont procédé à une forme nouvelle de délocalisation de la production viticole européenne.

    A vous entendre, on a le sentiment que cette question du vin offre une caricature de la démarche ultra-libérale de la Commission européenne…

    C’est une caricature… parmi beaucoup d’autres. L’Europe montre énormément de caricatures, ces derniers temps ! Savez-vous que la Commission vient d’adresser des remontrances aux Pays-Bas parce que leur parc de logements sociaux est trop important et serait de nature à empêcher un « marché concurrentiel de l’habitat ». Et encore une caricature ! Au nom du marché, c’est toute intervention publique qui est condamnée. Pour la Commission, le vin n’est qu’un marché. Elle est au service des intérêts de l’agro-business, pas des consommateurs. Elle ne veut pas soutenir et protéger la production de vin européen mais la démanteler. Contre les vignerons, la Commission joue la carte des industriels prêts à vendre sous l’appellation « vin » n’importe quelle boisson standardisée issue du raisin et d’autres ingrédients chimiques. Et, pourquoi pas, proposée en cannettes si, à la suite de campagnes publicitaires adéquates, c’est ce que « le marché » réclame.

    Quelles mesures préconisez-vous pour soutenir le vin européen et les viticulteurs ?


    La priorité, c’est de soutenir la qualité. Et faire en sorte qu’elle ne soit pas réservée aux consommateurs qui peuvent payer 150 euros une bouteille de vin. Il faut continuer à contingenter les plantations, mieux combattre ceux qui, en violation des règlements, continuent à créer des vignobles, comme c’est le cas en Espagne. La Commission pourrait aussi proposer que l’Europe défende à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) une position consistant à inscrire le vin dans la liste des produits « sensibles » : ces produits bénéficient de certaines protections et échappent ainsi aux contraintes de la concurrence dite « libre et non faussée » mythifiée par l’Europe ultralibérale. Enfin, il faut oser poser la question de la nécessaire restauration d’une certaine préférence communautaire pour le vin. Et cela au nom du droit à protéger une production spécifique qui est en même temps un fait de culture et de civilisation. Une telle démarche rencontrerait une demande des pays du Sud, qui sont aussi demandeurs pour protéger certaines de leurs productions spécifiques.

    Dans ce débat sur le vin, la Commission européenne a-t-elle déjà partie gagnée ?


    Pas vraiment, car le 15 février, le Parlement européen a adressé un carton rouge à la Commission, dont il a sévèrement critiqué le projet. Seulement, en la matière, le Parlement ne dispose que d’un pouvoir consultatif. Le dernier mot appartient au Conseil des ministres. C’est loin d’être gagné car le Conseil des ministres qui s’était réuni à Luxembourg, les 24 et 25 octobre 2006, avait examiné une première fois la proposition de la Commission. Sur certaines mesures, les ministres avaient exprimé des points de vue divergents. Mais aucun ministre n’a contesté la philosophie libérale et l’alignement sur les exigences des Etats-Unis et des autres pays du nouveau monde. Il est important de se mobiliser, car le pire est à craindre : les gouvernements européens ne manifestent aucune volonté de défendre la conception européenne de la culture du vin.

    (*) Menaces sur la civilisation du vin, Raoul Marc Jennar, éd. Aden
    Docteur en science politique, chercheur en France sur les questions de la mondialisation, Raoul Marc Jennar est notamment l’auteur de Europe, la trahison des élites (éd. Fayard, 2004, Prix des Amis du Monde Diplomatique).




    Le vin en chiffres

    * La vigne est une activité agricole dominante dans 22 régions d’Europe.
    Le vignoble européen occupe 45% des superficies viticoles de la planète et assure 60% de la production mondiale de vin.

    De 2000 à 2005, la production moyenne de l’Union européenne s’est élevée à 178 millions d’hectolitres.

    La France est le principal producteur, avec une moyenne de 55 millions d’hectolitres (30,6% de la production européenne), devant l’Italie (51 millions d’hectolitres, soit 28,5%), l’Espagne (43 millions, soit 23,2%), l’Allemagne (10 millions), le Portugal (7,2 millions), la Hongrie (4,5 millions), la Grèce (3,6 millions)…

    * L’Europe est le premier exportateur mondial de vin : 13 millions d’hectolitres en 2005 (à l’exclusion du commerce intracommunautaire). Les importations européennes de vin des pays du « nouveau monde » (1) ont atteint près de 12 millions d’hectolitres.

    * Avec 1,6 millions de vignobles, la vigne occupe près de 3,4 millions d’hectares dans l’Union européenne.

    * En 2004, la production vinicole représentait 5,4% de la production agricole, soit près de 10% de la valeur de la production agricole en France, Italie, Autriche, Portugal, Luxembourg, Slovénie, et un peu moins en Espagne.

    Au total, les exploitations vitivinicoles emploient plus de 1.500.000 personnes à temps plein. Si l’on y ajoute les autres acteurs de la filière de production, l’emploi total généré par la culture de la vigne atteint les 2.500.000.

    * Les dépenses 2005 pour la viticulture européenne se sont élevées à 1,269 milliards d’euros, alors que le budget total de l’agriculture européenne s’élevait à 49,026 milliards d’euros.

    * La majorité des viticulteurs travaille sur moins d’un hectare de vignes. En moyenne, l’évolution des revenus des exploitations spécialisées dans la viticulture a connu une hausse constante entre 1990 et 1999. Cette tendance à la hausse s’est inversée brutalement, avec une perte moyenne de revenu par exploitation de 12% entre 1999 et 2003.

    * Ces cinq dernières années, les importations de vin en provenance du « nouveau monde » ont augmenté plus vite que les exportations de vins européens, même si celles-ci sont encore excédentaires.

    La consommation intérieure connaît une baisse constante : il y a un million de consommateurs de vin en moins qu’en 2000, 30% de moins qu’il y a 25 ans.

     
    (1) Vin en provenance d’Afrique du Sud, d’Argentine, d’Australie, du Canada, du Chili, des Etats-Unis, du Mexique, de Nouvelle Zélande, huits pays qu’on désigne le pmlus souvent par l’expression « nouveau monde ».

  • pour vous

    fleur--des-oblats

    photos Anne Darcheville

    photos prise  à  Liege parc des oblats  le 1 avril 2007